Haute-Savoie - N°79 - Février/Mars 2008

Quand le petit écran boude la montagne

Depuis la disparition du magazine «Montagne», en 2000, les sommets se font rares sur les chaînes hertziennes.

 

D’accord il y a TV8 Mont-Blanc (diffusion sur le satellite ou par voie hertzienne, en Pays de Savoie). D’accord certaines chaînes généralistes programment sporadiquement des reportages consacrés à la montagne. D’accord sur France 3, les «Chroniques d’en haut» – régulièrement menacées – font le bonheur des téléspectateurs de Rhône-Alpes-Auvergne. Mais pour le reste, la montagne reste la grande absente du petit écran. Là où «Thalassa» s’est imposée depuis 1975 pour faire découvrir la mer sous toutes ses coutures, côté cimes, aucune émission nationale n’a réussi à prendre le relais de feue «Montagne» (disparue des grilles en 2000, après quinze ans de bons et loyaux services). Avec Pierre Ostian, ancien chef d’orchestre du magazine et actuel délégué général du Festival international du film de montagne d’Autrans, nous avons essayé de comprendre le pourquoi de ce «désamour». Une absence d’autant plus frustrante que la matière n’a jamais été aussi abondante et abordable.

 

JdP – Voir de beaux films de montagne dans un festival comme celui d’Autrans, c’est bien. Les partager avec des millions de téléspectateurs, ce serait mieux...

Pierre Ostian – La télévision ne joue pas son rôle et c’est paradoxal. Il y a aujourd’hui beaucoup de reportages de qualité sur la montagne et très peu passent à la télé. Les producteurs, les programmateurs sont suiveurs en règle générale. Et ils ne sont pas forcément assez à l’écoute de ce que veulent les gens. La montagne est un univers en soi, avec toutes ses dimensions, humaines, économiques, sociales, culturelles. Et nous en sommes un peu privés à la télé. C’est regrettable. D’autant que nous avons un vivier très intéressant.

Pourtant, les mêmes sujets, autour de drames ou d’exploits, restent systématiquement plébiscités en télévision.

Il y a toujours ce mythe de la montagne inaccessible, homicide, dangereuse que certains se plaisent à entretenir. Et donc, cette crainte des chaînes de faire frissonner les gens, de les éloigner du petit écran. On met derrière le mot montagne un certain nombre de valeurs qui ne sont pas celles de la réalité montagnarde. En fin de compte il n’y a pas que la haute montagne, les Grandes Jorasses, le Cervin ou l’Eiger. Il y a aussi la montagne à visage humain, les villages, la vie des gens, la culture, les objets du quotidien. Je suis certain qu’un jour ou l’autre la montagne retrouvera sa place à la télévision quand on s’apercevra que c’est un monde empreint d’authenticité, de solidarité, de partage.

En termes de coûts de production, un tournage en mer et un tournage en montagne se valent-ils ?

A l’époque du magazine «Montagne», j’avais fait le comparatif avec «Thalassa». Nous étions juste un peu plus chers car nous comptions quelques journées de non-tournage. Mais la différence était de l’ordre de 15 à 20 %. Pas du simple au double. Qui plus est, aujourd’hui avec les moyens techniques plus légers, nous sommes en train de gommer ce qui pouvait freiner certains producteurs.

Cependant, tourner en montagne – surtout en altitude – reste tout sauf anecdotique.

Effectivement car cela suppose que les équipes techniques soient informées de la manière dont elles doivent aborder la montagne. C’est la raison pour laquelle il faut s’appuyer sur des gens qui savent, des guides. Recourir à des spécialistes est nécessaire même s’il faut aussi avoir un certain recul si l’on ne veut pas tomber dans des choses ésotériques ou trop techniques. Il est essentiel de garder un regard très grand public et, surtout, trouver de bonnes histoires à raconter.

Comment appréhendez-vous le rôle de TV8 Mont-Blanc ? A-t-elle réussi à combler un vide ?

Oui, mais elle reste une chaîne de pays. Ce n’est pas sans raison si son émission phare est «La Place du village», avec des gens qui se parlent, qui se reconnaissent. Ce serait bien qu’elle puisse travailler en synergie avec d’autres télévisions similaires, échanger des programmes, etc. Il y a bien eu un projet de chaîne «Montagnes», mais ses concepteurs se sont heurtés à des problèmes économiques. Sur le réseau hertzien, «Chroniques d’en haut» est en danger régulièrement. On sait que l’émission est maintenue jusqu’en juin 2008 mais après...

Pourtant la production montagne n’a jamais été aussi prolifique...

Et cela, grâce à la technique. Aujourd’hui le matériel est léger, performant, peu cher. Pendant très longtemps la montagne est restée fermée aux cinéastes. Il n’y avait que quelques réalisateurs comme Marcel Ichac, Georges Lampin ou Jack Lesage pour aller tourner en altitude, lors d’expéditions. C’étaient des gens rares. Aujourd’hui sur tous les chemins de l’Himalaya, il y a des randonneurs avec des caméras. L’image s’est démocratisée. Mais en revanche le talent, lui, ne s’achètera jamais...

 


Palmarès du 24e Festival international du film de montagne d’Autrans

Grand Prix et Prix du public : «Catherine Destivelle – passion des cimes», de Rémy Tézier (France)

Coup de cœur du jury : «La Montagne perdue», de Christian Deleau (France)

Prix Centrimage du film de la montagne : «Guides de Montagne - Les risques de la passion», de Laurent Listac (France)

Prix du film aventure, exploration, expédition : «Mike Horn, le voyage intérieur», de Raphaël Blanc (Suisse)

Prix du film vie des hommes : «Gold of The Himalayas - The Nomad Life in Ladakh» de Thomas Wartmann (Allemagne) 

Prix du film sauvegarde de l’environnement : «Searching for the Coast Wolves», de Richard Matthews (Allemagne)

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