Montagne - N°108 - Décembre/Janvier 2013

Accompagnateurs en montagne : passeurs d’émotions

 

Leur XXXIVe Congrès national s’est déroulé fin novembre à Chamonix 

Marche afghane, VTT, raquettes, trail running, sorties thématiques, treks lointains, randos diverses et variées, avec mules ou pas, etc., la palette d’activités des accompagnateurs n’a cessé de s’étoffer au fil des années. Grâce à cette diversification doublée d’une spécialisation au service d’une clientèle de plus en plus bigarrée, les accompagnateurs en montagne ont davantage tiré leur épingle du jeu que leurs «grands cousins» guides, touchés par le recul de fréquentation de la montagne en été mais aussi par la détérioration des conditions tout «là-haut». A la veille d’une saison hivernale, qui s’annonce une nouvelle fois riche en sorties raquettes et autres aventures trappeurs, plusieurs centaines de ces passeurs d’émotions se sont réunis à Chamonix, à l’occasion du xxxive Congrès national des accompagnateurs en montagne. Un rassemblement sous la houlette de la section 74, dont Nelly Poyet – accompagnatrice au sein de la Cie des guides de Chamonix – est la présidente. Nous l’avons rencontrée. 

 

A l’issue de cette grand-messe annuelle, quel bilan tirez-vous ?

Au-delà de la réunion, nous voulions vraiment faire connaître notre métier aux médias, aux élus, au grand public. Aujourd’hui les gens ne savent pas concrètement ce qu’est le travail d’accompagnateur en montagne. Ils n’en connaissent pas toute l’étendue. Or, comme un peintre, nous disposons de plein de couleurs. Et dans cette immense palette d’activités, chaque accompagnateur peut vraiment trouver chaussure à son pied. La vallée et le Pays du Mont-Blanc sont un véritable vivier, tout comme le département, avec ses 550 diplômés en activité.

En trente-six ans d’existence, le métier a-t-il radicalement changé ?

Il y a une certaine tendance à la féminisation, notamment en Haute-Savoie, où les accompagnatrices sont nombreuses. Au sein de la section accompagnateurs de la Cie des guides de Chamonix, il n’y a par exemple que quatre hommes. Les femmes se spécialisent assez facilement dans un domaine : marche nordique, afghane, consciente, etc. La tendance est également aux randonnées thématiques (œnologie, plantes culinaires, plantes médicinales, etc.). Chaque accompagnateur a souvent sa spécialité. Tous essaient de coller aux nouvelles attentes de la clientèle et au changement de mœurs.

Une flexibilité apparemment payante puisque, dans certains secteurs, les accompagnateurs travaillent parfois plus que les guides de haute montagne.

Effectivement et cela peut parfois créer des jalousies... Peut-être est-ce parce que nos tarifs ne sont pas les mêmes, que nous organisons des sorties collectives et que nous avons su davantage nous adapter à la tendance. Dans l’imaginaire des gens, la randonnée en montagne reste une activité accessible et «non technique». Nous travaillons beaucoup avec des classes primaires, des classes transplantées, des enfants dès 5-6 ans. Ce n’est pas un public que les guides peuvent forcément toucher. 

Ces dernières années, n’avez-vous pas trop souffert des effets de la crise ou de la détérioration des conditions de la montagne ?

Non. Parce que les gens savent que le sport et la marche sont importants  pour la santé. En faisant appel à nos services, ils ont envie d’être pris en charge mais sans être maternés. Quant à la dégradation des conditions en montagne, elle ne nous affecte pas trop. Au contraire, notre terrain de jeu a tendance à s’étendre. Qui plus est, nous sommes moins tributaires de la météo que certains collègues. Le manque d’enneigement, le brouillard, etc. ne nous posent pas trop de problèmes. Même si une sortie en raquettes n’est pas possible, il y aura toujours quelque chose à faire. 

Comme pour les guides et les moniteurs de ski, la pluriactivité est-elle de mise dans votre secteur ?

Oui. Même si beaucoup sont accompagnateurs à l’année. Moi par exemple je travaille de mi-décembre à fin mars. Un peu en avril. Puis de mi-juin à mi-septembre. Durant les périodes creuses, j’en profite pour préparer les saisons, faire des fiches techniques, des fiches clients. Nous exerçons par passion. Pas pour devenir riches. Une chose est sûre, pour être accompagnateur, il faut aimer la nature mais, surtout, le contact avec les gens. La notion de transmission est essentielle. Même si certains l’oublient parfois.

Au vu des statistiques du secours en montagne, la randonnée est une activité très accidentogène. Cela impacte-t-il la demande au niveau des accompagnateurs ?

Il y a très peu de couacs lors des sorties encadrées. Mais il est vrai que la randonnée reste accidentogène. Nous travaillons d’ailleurs avec le préfet de Haute-Savoie sur ce sujet. Dans notre département il y a deux fois plus de morts en montagne que sur les routes et le préfet veut donc infléchir ces chiffres. Nous œuvrons au sein d’une commission pour analyser ces données et en tirer les conséquences. Beaucoup d’accidents ont lieu dans les pré-Alpes, dans les massifs calcaires, qui sont très glissants.

Médiatiquement parlant, ces accidents sont souvent mis en exergue au détriment de la beauté de la montagne et des activités qui y sont pratiquées. Quelle image aimeriez-vous que le grand public ait de l’accompagnateur ?

Avant tout celle d’un passeur d’émotions. Notre profession est dans l’air du temps car nous faisons le lien entre l’Homme et la nature. Etre accompagnateur, c’est avoir une autre approche de la montagne, riche de petites anecdotes qui vont donner un autre regard sur des choses que vous voyez peut-être tous les jours, sans les connaître vraiment. Beaucoup de nos clients nous ont d’ailleurs avoué qu’ils avaient redécouvert leur territoire grâce à nous.

Photo : Nelly Poyet, présidente de la section haut-savoyarde des accompagnateurs en montagne.


 

Les accompagnateurs en chiffres

11 000 diplômés : 3 500 en exercice, dont 550 en Haute-Savoie (section la plus importante)

80% d’hommes, 20% de femmes

80% de travailleurs indépendants, 20% de salariés

1976 : date de la création du diplôme d’accompagnateur en montagne du brevet d’Etat d’alpinisme (remplacé sous peu par le DEA – diplôme d’Etat d’alpinisme – accompagnateur)

3 à 4 ans : durée du cursus, du probatoire à l’examen final (recyclage obligatoire tous les 6 ans).

 

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Suite à notre interview de Nicolas Hulot (JdP n° 108), plusieurs d’entre vous se sont manifestés pour dénoncer cette interview qu’ils jugent «non légitime». Nous vous livrons notamment le commentaire de M. Henri Seitz.

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